L’affiche annonçait “Apéritif avec Shakespeare” et pour ceux qui voulurent bien lire la description (assez prolixe) de l’événement, la perspective d’aller boire un coup en compagnie de Roméo et Juliette aiguisa encore plus l’appétit d’y assister.
Bravant la canicule, nous nous rendimes, dames élégantes, enfants joliment habillés et messieurs tirés à quatre épingles, au Théâtre Verdi de Padoue, un bâtiment imposant ou jadis les officiers autrichiens, dames et messieurs de la haute société padouane se rendirent bien souvent en quête de plaisirs musicaux.

Et là ce fut la surprise: le théâtre s’avéra être la maison Capulet ou ce soir-là il y avait bal et nous pouvions y “assister” moyennant la disponibilité d’intégrer le spectacle, de nous mêler aux acteurs, nous laisser initier sur place aux danses de la Renaissance, aux combats de rue dans Vérone, aux cérémonies, publiques ou secrètes, qui firent de la scène publique italienne du Cinquecento le théâtre de toutes les passions. Juliette et Roméo sortirent de la foule à point nommé dans les divers balcons en arrière-scène, plateformes d’éclairage, les petite et grande scènes du théâtre afin que l’histoire se poursuive et que les vers du maitre de la Renaissance puissent animer la foule; l’essentiel fut cependant que cette foule, pour la plupart composée de gens peu familiers à Shakespeare sinon au mythe des amants véronais, fut complètement plongée dans leur drame.

Pour obtenir cet effet rien que des techniques d’animateur de rue: un excellent acteur qui joue le narrateur, libre d’improviser des petits moments extra-texte, tel que celui des vieux couples parmi les spectateurs qu’il s’amusa à faire illustrer, devant les invités au bal, leur tout premier baiser, ou celui du combat meurtrier entre les deux clans dont les protagonistes furent choisis parmi les membres du public, voire instruits sur place en l’art de manier l’épée.

Une seule absence: la musique ou plutôt le(s) musicien(s) indispensable(s) aux fêtes de l’époque, que les rares interventions enregistrées et chantonnements a capella ne surent remplacer.
Du tout au tout un spectacle sans prétentions, divertissant, festif à souhait livré par une petite troupe itinérante, créé par Paolo Valerio, le directeur du Théâtre Nuovo de Vérone pour les fans du mythe.

Et le spritz? Ah oui, il y en eut à la sortie. Salute!