Les échos de la tragédie de Charlie Hebdo une fois éteints j’ose imaginer la même attaque à la liberté de parole qui se passerait dans une métropole nord-américaine mi-francophone, de préférence, pour ne pas trop nous dépayser.

La tuerie, c’est facile: deux ou trois personnages encagoulés munis de mitraillettes, une seule réplique à articuler avec l’accent local, un véhicule volé et des téléphones intelligents qui filment, les attentats dans les écoles américaines, par exemple, nous ont habitué à voir les frustrés de toute sorte accéder par les armes au succès médiatique. Quant aux réactions, elles sont plus difficiles à imaginer; je n’ai pas vu et ne vois toujours pas un million de personnes déferlant sur Montreal pour protester contre l’immolation d’un journal- satirique.

La censure économique, le véritable danger qui menace la liberté de parole sur ce continent, est une pratique courante, tellement répandue qu’elle ne choque plus personne. Pas besoin de tuer les bouffons à coups de Kalachnikov, il suffit de couper les fonds à la culture et le tour est joué; les artistes se battent entre eux pour accéder aux tribunes restantes, l’expression individuelle se réfugie dans le domaine virtuel, le public se dissout, se perd dans la cohue des consommateurs ordinaires.

Les bouffons peuvent parler aux murs, la liberté de parole est sauvée.

Et la LIBERTÉ?
Et la FAIM?

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