La Porte Rouge

La Porte Rouge. Autour d’une Renaissance

Une société philo dramatique au XXIe siècle. (Extraits du Manifeste de 2017)

La source d’inspiration est la Camerata Fiorentina, un groupe formé de musiciens, de poètes, d’intellectuels et de gens de la société civile qui, a l’âge d’or de la Renaissance italienne, partageaient un intérêt appuyé pour les arts vivants.  À l’époque, de telles camerate ou sociétés artistiques mettaient de l’avant des principes esthétiques qui s’exprimaient par des œuvres pratiques. Les Sociétés de ce type se rassemblaient habituellement dans des lieux voués à la réflexion, à l’élaboration théorique, ainsi qu’à la production d’œuvres artistiques. 

Inspirés de ce modèle nous avons voulu imaginer une société composée d’artistes, d’intellectuels et de gens de la société qui partageraient un intérêt marqué pour le théâtre et qui agisse de manière à ce que cette pratique se développe sur le plan professionnel et amateur en même temps. Une société dont la structure légale et administrative serait une coopérative afin que cette entité serve avant toute chose les intérêts des membres qui la composent.(…)

(…) Un lieu de grande liberté intellectuelle et artistique où le théâtre est réfléchi, imaginé et créé hors des cadres ou dictats de l’industrie culturelle (télévision, théâtres institutionnels, subventionneurs étatiques, unions et syndicats) qui repose sur des principes de partage, d’échange, de mise en commun de ressources et de savoirs ainsi que sur une écologie (ou une pratique) du théâtre qui se veut différente de celle qui domine le Québec d’aujourd’hui. (…)

(…) un espace ouvert et accessible à la communauté où les frontières entre professionnels et amateurs s’estompent sur la base d’une passion commune pour la pratique du théâtre. 

(Texte de Robert Reid et Cristina Iovita, membres fondateurs)

 

En fait, ce qu’on cherchait c’était un refuge, un lieu de rassemblement pour tous ceux qui, de manière individuelle ou collective, se sentaient suffoquer sous “les diktats de l’industrie culturelle”. Passablement touchée par la censure économique des dernières années (manque de fonds endémique doublé de manque de lieu de création) l’Utopie se vit, de surcroît, refuser entre 2013-2017 l’accès, par ailleurs monnayé, aux théâtres “d’accueil” de Montréal sous prétexte d’incompatibilité artistique avec les compagnies hôtesses. Parfois c’était le répertoire qui nous empêchait de louer tel ou tel espace: suranné, surfait, trop “classique” pour être “créatif”, parfois le style de jeu ne correspondait pas aux critères de modernité de l’établissement. C’était la censure, pure et dure, qui nous frappait, il fallait se trouver des alliés, des praticiens du théâtre non alignés à l’esthétique officielle et un lieu non-théâtral, voire situé en dehors du cadre institutionnel, ou subsister, spirituellement, jusqu’à nouvel ordre. 


L’oeuvre au rouge

Ce fut l’actuel président de la Société, Robert Reid, metteur en scène et professeur à l’Université Concordia, qui trouva et nomma le lieu. Il s’agissait, et s’agit toujours d’un petit local situé à l’entresol de l’église Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus jadis employé comme salle de catéchisme pour les enfants du quartier et, à l’occasion, comme siège du bazar de charité semestrial. La porte d’accès, peinte en rouge, suggéra le nom de la nouvelle occupante du lieu; plus tard, l’un des membres y deposita un vieux paravent en velours de couleur rouge bourgogne, sa contribution au trésor de l’association,  qui devint le premier et principal “décor” de nos spectacles. Dans “Les amours de Don Perlimplin avec Bélise en son jardin” de Federico Garcia Lorca ce même paravent représente le mur qui sépare le Paradis amoureux créé par Don Perlimplin  du monde de chair et de sang ou patauge Belise, l’épouse enfant du vieil érudit. Le mur qui, aux yeux des membres de la Société, sépare l’illusion théâtrale des réalités du marché culturel montréalais.

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