La troupe s’appelle La Piccola Familia (sic), s’est formée en « région », a déjà pris d’assaut Avignon (2012) et, victorieuse, entre ces jours-ci dans Paris, ville des arts. Français pour la plupart-un nom anglais figure sur la distribution, peut-être, y en a-t-il d’autres qui annoncent l’élément étranger – les comédiens jouent l’Henry VI de Shakespeare en langue  « moliéresque » et, dans l’esprit de Molière, marient pureté de langage et rugosité de l’impromptu pour raviver quoi ? Le spectacle populaire, bien sur, cette forme de theatre qu’on relègue a présent aux confins de la sous-culture et qui du temps de Shakespeare, et de Molière s’appelait Le Theatre. Tout court. En toute simplicité. « Tout public » comme on le définit de nos jours avec superbe mais le terme s’anoblit a nouveau par l’expérience : 18 heures de représentation, 9 heures par jour, 2 après-midis de la vie de ce tout public passes a suivre, le souffle coupe, la saga d’une famille royale du 15eme siècle ! Tout ceci pour le prix de 20€ a la galerie, 30€ en plateau, buffet thai aux entractes-on peut apporter son souper, bien entendu-et les comédiens jouent pour aussi peu, jouent avec verve et amour, se donnent au public.

Le secret ? Beaucoup de subventions, certes, tout un dispositif technique a monter, démonter, charrier, ajuster par une armée de machinistes-la liste des organisations gouvernementales et civiles ayant participe a la production est impressionnante-mais il y a plus. Une idée, une vision artistique parfaitement réalisable avec les moyens du bord, une immersion dans le passe qui nous rajeunit.

En-dessous, vigoureux, joyeux, imbattable, le courant italien, la commedia dell’arte, l’art de l’acteur porte a l’apogée par deux grands poètes et une petite famille de comédiens, jeunes, énergiques, talentueux,qui chantent, jouent, improvisent des heures durant pour raviver une histoire. L’Histoire meme, si l’on y pense, celle du theatre en premier lieu, puis celle du lieu, de ce Paris du Moyen Age tenaille entre deux allégeances, pas encore la ville lumière qu’on révère maintenant, une cite en train de se définir comme telle dont les traits nous ressemblent.

Un jour avant la représentation je passai quelques instants au bord de la fontaine des Médicis dans le Jardin du Luxembourg. Il pleuvait, une méchante bruine qui me fit penser a la reine Marie exilée dans Paris a l’époque des guerres de religion. Passionnément détestée par ses sujets elle fit bâtir cette fontaine en souvenir de son Italie ensoleillée, patrie des arts, lieu de beauté ou personne n’est seul, ou la famille artistique tient lieu de famille. Un beau cadeau, une relique non pas de la haine mais de l’amour de l’art qu’elle raviva, peut-être, dans l’esprit des parisiens. Cette pensée me rasséréna.

 

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